Un village dans la Grande Guerre

"Former le corps, le coeur et l'esprit"

Histoire | Luemschwiller

En 14-18, le petit village sundgauvien de Luemschwiller a tout connu : l’offensive française, la proximité du front, l’évacuation en Bavière… Auguste Zaessinger a vécu ces faits adolescent avant de les raconter adulte. Marc Glotz donne aujourd’hui à ce travail l’audience qu’il mérite.

Par Hervé de CHALENDAR 05:01 | mis à jour à 16:17 – Temps de lecture : 3 min

Source journal alsace : https://www.lalsace.fr/edition-sundgau-trois-frontieres/2019/12/28/un-village-dans-la-grande-guerre

Attention aux apparences : ce livre concerne Luemschwiller, certes, mais il raconte d’abord une histoire alsacienne. Il se concentre sur les 640 personnes qui, il y a un peu plus d’un siècle, peuplaient ce village « lové dans un vallon perpendiculaire à la vallée de l’Ill, à 6 km d’Altkirch », il connaît même les surnoms ( Hofnàma ) de la plupart d’entre eux ( dr Heka Schàngi , dr Rumi , dr Schwoger …), mais il intéresse en réalité tous ceux qui ont envie de savoir ce que fut la vie des civils alsaciens durant la Grande Guerre dans un coin du Sundgau.

Concernant 14-18, les témoignages ne manquent pas. Ils émanent de soldats ou de civils qui ont couché sur le papier, au jour le jour, l’énormité de cette guerre. Ce qui est original, ici, c’est qu’il s’agit de la chronique d’un village traitée avec la connaissance et le sérieux de quelqu’un qui fut témoin et qui est devenu historien

« Des voisins paisibles dans la tombe »

À cet historien et témoin de l’époque, Auguste Zaessinger (1899-1978) s’est joint un historien d’aujourd’hui, Marc Glotz, vice-prési-dent de la Société d’histoire du Sundgau. Zaessinger, qui travaillait à la SNCF, fut un membre éminent de cette même société : on lui doit quelque 200 articles, qui dénotent une prédilection pour les traditions sundgauviennes.

Il y a une dizaine d’années, la nièce d’Auguste Zaessinger, Alice Jordan, a remis à Marc Glotz, deux cahiers manuscrits ayant appartenu à son oncle. Rédigés en allemand, ils sont exceptionnels dans la forme comme dans le fond. La forme, c’est une écriture manuscrite si parfaite qu’elle paraît imprimée. Le fond, c’est, dans le premier cahier, la copie des circulaires administratives qui ont concerné la mairie de Luemschwiller pendant toute la guerre et, surtout, dans le deuxième cahier, ce qu’a vécu sa population.

Avant de mourir, en 1928, Eugène Schmitt, maire de Luemschwiller entre 1914 et 1919, avait confié ces circulaires à Auguste Zaessinger. En 1933, Auguste découvre sa vocation d’historien amateur : il publie son premier article pour la société d’histoire. Il entreprend alors de recopier les papiers de la mairie, à vocation d’archives. Dans la foulée, il rédige le second cahier, pour raconter le sort du « petit village sundgauvien de Luemschwiller et de ses habitants » pendant la Grande Guerre.

Enfant du village – son surnom était dr Gassla Güsti , « Auguste de la petite rue »… –, âgé de 15 ans en 1914, Auguste a partagé le sort des habitants parce qu’il boitait : cette particularité l’a sauvé de la mobilisation. Et il se trouve que, durant ce conflit, remarque Marc Glotz, Luemschwiller « a connu la totale » : l’offensive, l’occupation et le recul des Français, la stabilisation du front à quelques kilomètres, l’évacuation en Bavière entre mars 1917 et décembre 1918…

« Un petit miracle ! »

« Dans son récit, Zaessinger est tout à fait neutre », précise Marc Glotz. « Il décrit de la même manière le mal fait par les Français et celui fait par les Allemands. Il ne dit pas “je”, mais “les habitants” ». Il se permet toutefois de faire entendre sa voix quand elle prône le pacifisme. Ainsi, quand il évoque les morts après la bataille du 19 août 1914 : « Devant ce massacre, on ne peut que se demander : ‘‘Pourquoi tout cela ?’’ Et à cette question, on ne peut que répondre : ‘‘Pour rien et encore rien !’’ » Dans la tombe, remarque-t-il, ces soldats « sont devenus des voisins paisibles. Pourquoi pas de leur vivant ? »

Marc Glotz a mêlé son travail – d’explication, de mise en contexte – à celui d’Auguste Zaessinger. Et il a agrémenté le tout d’une centaine d’illustrations, souvent inédites, dénichées pour la plupart chez trois anciens du village : dr Fristcha Reni , s Kiafer Anna et s Rumi Mariannla. « Un siècle après, c’est un petit miracle ! » Un monde disparu revit dans ces pages.

LIRE Luemschwiller 14-18, Un village du Sundgau à l’épreuve de la Grande Guerre, d’après les cahiers d’Auguste Zaessinger , par Marc Glotz, ID l’Édition, 44 pages, 20 €.