Le chanoine Vigneron fait chorévèque de Mossoul

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Source de l’article du journal alsace : https://c.lalsace.fr/societe/2019/12/20/le-chanoine-vigneron-fait-choreveque-de-mossoul

Grand ami des chrétiens d’Orient depuis une trentaine d’années, le chanoine Rodolphe Vigneron est devenu chorévèque de Mossoul lors d’une cérémonie organisée en Irak ce vendredi 13 décembre.

Par Hervé de CHALENDAR – 05:01 | mis à jour à 16:05 – Temps de lecture : 3 min

Le vendredi 13 décembre, en Irak, le chanoine Rodolphe Vigneron (à droite) a été fait chorévèque de Mossoul. À gauche, M gr Najeeb, archevêque chaldéen de Mossoul.

Désormais, on peut l’appeler monseigneur. Mais le chanoine Rodolphe Vigneron n’est pas devenu pour autant un évêque tel que l’entend l’Église catholique romaine. Le vendredi 13 décembre dernier, ce prêtre alsacien (il est originaire de Wittelsheim), délégué à l’Œuvre d’Orient et aux Églises orientales pour le diocèse de Strasbourg, a été fait chorévèque de Mossoul, au nord de l’Irak.

La cérémonie religieuse n’a pas eu lieu à Mossoul, où la communauté chrétienne ne s’est pas encore reconstituée après les ravages causés par Daesh, et qui reste une ville trop dangereuse pour un tel événement, mais à Karamlech, une quarantaine de kilomètres plus à l’Est. Là-bas, dans l’antique plaine de Ninive, une église vient d’être restaurée, après avoir été incendiée par les djihadistes ; son clocher n’a pas été reconstruit, pour témoigner de la barbarie.

’est là que le chanoine s’est mis à genoux devant l’archevêque chaldéen de Mossoul, Mgr  MichaelNajeeb, afin d’être fait chorévèque. « Ce terme n’existe plus que dans les Églises d’Orient, précise le père Vigneron, rentré dimanche dernier d’Irak, où il est resté huit jours. Ce mot signifie littéralement ‘‘évêque de la campagne’’ : c’est celui qui agit au nom de l’évêque titulaire en son absence. Ceci correspond à un vicaire général ou à un évêque auxiliaire chez nous. Mais pour l’Église latine, cette cérémonie n’était pas une ordination épiscopale ; disons qu’on se situe là, d’un point de vue sacramentel, entre le presbytérat et l’épiscopat… » Autrement dit, entre le prêtre et l’évêque.

Entre le prêtre et l’évêque

L’archevêque de Mossoul dispose d’un autre chorévèque, un prêtre irakien, qui l’aide sur place. Mgr  Vigneron soutiendra cet archevêché d’Irak à distance, en faisant le lien entre les Églises d’Orient et d’Occident. C’est déjà ce qu’il fait depuis une trentaine d’années : il s’est rendu en Irak pour la première fois au tout début des années 90 et est retourné depuis une trentaine de fois dans l’ancienne Mésopotamie, malgré Saddam Hussein, puis malgré Daesh. C’est en reconnaissance de cet investissement de longue date que Mgr  Najeeb et le patriarche de l’Église catholique chaldéenne, Louis-Raphaël Sako (créé cardinal par le pape François en juin 2018), ont suggéré, lors d’un synode tenu l’été dernier, de proposer cet honneur au prêtre alsacien.

Mgr  Najeeb et le patriarche Sako connaissent parfaitement le chanoine Vigneron. Mgr  Najeeb et le prêtre alsacien s’étaient rencontrés à Strasbourg en mai 1987, lors de l’ordination sacerdotale du premier. En janvier dernier, le père Vigneron assistait à l’ordination épiscopale de son ami à Bagdad (notre édition du 15 février 2019).

Ensemble, au printemps 2018, ils s’étaient rendus dans les ruines de Mossoul, enfin délivrée de l’emprise de Daesh. Mais la région n’est toujours pas totalement libérée aujourd’hui, constate le père Vigneron, « Daesh n’existe plus militairement, mais ses hommes ne sont pas tous morts : ils ont rasé leurs barbes et se sont fondus dans la population… L’idéologie est toujours là. » Et les chrétiens d’Orient ont toujours besoin un soutien crucial de leurs frères d’Occident.